Chroniques d'une factrice

Laissez vous entrainer par les petites histoires de Jeanna, factrice: ses amants, ses rêves, ses aventures...

26 avril 2007

Un type qui ressemblait à James Dean...

Par Bérangère

    C'était son jour de congé, ses pieds larges se laissaient aller à une errance mélancolique sur le sable grisâtre. Elle promenait ses yeux sur la ligne d'infini de la mer et rêvait déjà d'un ailleurs merveilleux. Les résultats des élections lui faisaient peur et elle attendait de voir ce que ses compatriotes allaient pouvoir voter au second tour. Son vote à elle n'avait pas compté parce-qu'elle avait fait l'amour dans l'isoloir et qu'elle avait malencontreusement glissé deux fois le même prénom dans l'enveloppe.
    L'horizon s'avançait vers elle, nuageux et ténébreux, il était pourtant deux heures et demi et le soleil resplendissait de mille rayons qu'il étirait de tous les côtés. Elle avait l'humeur plus que mélancolique à présent et s'enfonçait doucement dans les vagues blanchâtres. L'écume était énervée, bouillonnante et tumultueuse. Elle pensait qu'elle aurait aimé faire l'amour dans la mer, là, tout de suite, là, sur l'instant...
    En une seconde, il fut devant elle, elle ne l'avait pas vu venir. Elle cligna des yeux tandis qu'il la contemplait, il était nu, un sourire accroché à son regard. Il plissait les lèvres, comme pour lui dire :"viens, je suis là, rejoins-moi". Elle lui prit la main et tous deux continuèrent leur avancée dans la mer qui était très fraîche. Il lui faisait penser à un garçon maudit, un type archi-lumineux mais déglingué du dedans. Il ressemblait à James Dean à s'y méprendre, et Jeanna, ça lui plaisait bien.
    Au fur et à mesure qu'ils s'enlisaient dans l'écume rageuse, il la déshabillait, et de ses vêtements, et de son regard...En un instant, ses visions cauchemardesques disparurent et elle connut l'extase la plus pure qui soit. Elle fit l'amour comme elle ne l'avait jamais fait. Elle dévisagea un homme comme elle ne l'avait dévisagé, et pour cause, ce n'était pas véritablement un homme. Homme, il l'était sans conteste, il le lui avait prouvé, mais humain, elle n'en n'était plus sûre. Et c'est quand il s'éloigna vers l'horizon et qu'il disparut au large qu'elle sut qu'elle n'avait pas rêvé.
    Il ressortit une ultime fois de l'eau, fit une pirouette en guise d'adieu, sa nageoire battit l'air une dernière fois et il disparut pour toujours...

Posté par blairaudes à 14:27 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


18 avril 2007

La maison mystérieuse (suite)

Par Aude

Le lendemain, Jeanna avait encore du courrier pour la maison mystérieuse. Comme la veille la porte s'ouvrit et comme la veille Jeanna ne rencontra personne dans la maison. Le courrier qu'elle avait déposé sur la table avait disparu mais rien d'autre ne semblait modifié.
Jeanna s'avança un peu plus dans la maison. La première porte qu'elle rencontra s'ouvrait sur une chambre à la blancheur immaculée. Le lit était immense avec des draps blancs flamboyants. Prise d'une soudaine impulsion Jeanna se déshabilla entièrement et se glissa sous les draps. Elle était sure qu'un homme viendrait la rejoindre. Elle attendit si longtemps qu'elle finit par s'y endormir. Ce sont les caresses de l'homme qui la réveillèrent; des caresses longues, douces et puissantes à la fois. La bouche et la langue homme surent mettre en émoi son corps impérieux. Quand Jeanna ouvrit les yeux, elle s'aperçut que la nuit était tombée et qu'elle était en train de jouir. Elle ne voyait que l'ombre de l'homme et humait son odeur pénétrante. Elle voulut lui apporter du plaisir à son tour. L'homme lui maintint les mains, il voulait tout le plaisir pour elle. Il la laissa quelques heures plus tard épuisée et lascive. Ils n'avaient prononcé un mot. L'homme se retira et disparut. Jeanna se rendormit.
Quand elle se réveilla, c'était un jour nouveau. Elle se leva, se rhabilla prit sa sacoche contenant encore une partie du courrier de la veille. Elle ne croisa personne en sortant.

Posté par blairaudes à 09:20 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 avril 2007

Le mécanicien à la salopette rose

Par Bérangère

    Carlos l'avait emmenée sur l'élévateur, celui qui sert à explorer le ventre des voitures. Comme il était un peu dans la lune, rêveur et ailleurs, il avait oublié de se mettre du même côté que Jeanna. Ils n'avaient pas pu faire l'amour tout de suite, et l'élévateur s'était bloqué. Ils avaient attendu plusieurs heures, contemplant ainsi le plafond jauni du hangar. Finalement, Carlos avait sauté au sol d'une manière très féline et avait ensuite délivré la belle postière.
    Celui qui réparait les pneus crevés d'un seul baiser, celui qui remettait un moteur en route rien qu'en le caressant, celui qui savait faire couiner des freins en leur chuchotant des mots d'amour, eh bien, celui-là même avait su emmener Jeanna aux frontières de son corps. Quand elle avait sauté de l'élévateur et qu'elle avait atterri dans ses bras, il s'était rendu compte de la femme qu'elle était, elle pesait lourd Jeanna, et elle était si légère à la fois...
    Elle ne se rappelait pas de l'endroit où elle avait grandi mais plutôt comment, et puis, il y en a tellement des endroits...et finalement, ils se ressemblent tous...Là où elle avait grandi, elle se souvenait des chèvres, c'est qu'elle était bâti comme une montagnarde Jeanna. Oh, elle n'était pas grosse, mais diablement charpentée. Et ses pieds s'accrochaient où elle voulait.
    Aujourd'hui, c'est au mécanicien en salopette rose qu'ils s'accrochaient, et ils avaient la rage au ventre, et les pieds de Carlos prenaient ceux de Jeanna avec amour et volupté. C'étaient eux qui lui avaient ôté sa culotte. Ils savaient faire tout cela ses pieds, et plus encore...enlever tous les boutons d'une veste ou faire du stop, ses pieds étaient capables du meilleur, et ça plaisait beaucoup à Jeanna.
    Quand elle l'a quitté, ils lui a offert ses empreintes d'amour, ses empreintes de pas. Là où il avait foulé le sol si discrètement, Jeanna pourrait toujours y venir, elle le savait. Il lui avait aussi donné un baiser réparateur de pneus. Pour sa montgolfière d'amour, ça pourrait toujours servir, et qui sait, elle pourrait peut-être s'en servir pour recoller les coeurs brisés...

Posté par blairaudes à 15:32 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 avril 2007

La maison mystérieuse

par Aude

C'était la première fois que Jeanna devait apporter du courrier dans cette maison. C'était une grande maison qui donnait sur la plage. Jeanna la regardait souvent cette maison, elle lui paraissait mystérieuse comme vidée de toute vie. Elle était immense toute en recoins. Quand elle eut du courrier pour le 13 allée de la mer, elle se dit que la maison avait du être rachetée mais en s'approchant celle-ci semblait toujours aussi abandonnée. Il n'y avait pas de boite à lettres. Jeanna frappa, personne ne lui réondit mais la porte s'ouvrit sans même pousser. Jeanna entra. La maison était meublée, un peu poussiéreuse mais pas tant que ça. Jeanna tournait la tête pour s'emplir du décor de la maison mais aussi pour éventuellement découvrir l'habitant des lieux. Elle appela plusieurs fois mais personne ne répondit. Elle mit la lettre en évidence sur la table et s'en retourna. Dans l'entrée, perdu dans un coin elle aperçut un livre tout couvert de poussière. Elle ne put s'empêcher de le ramasser, le livre s'ouvrit à la page où une photo avait du servir de marque-page. C'était une vielle photo sépia d'une famille d'autrefois aux poses un peu figés. Elle lut une phrase du livre: "Une vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie.". Elle se dit que c'était bien vrai et regarda l'auteur: André Malraux. Elle avait déjà entendu cette phrase mais c'était dans une chanson de Souchon. Prise d'une soudaine impulsion, Jeanna prit le livre et l'enfouit dans sa sacoche. Elle n'aimait pas que les livres soient abandonnés.

Posté par blairaudes à 12:35 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 avril 2007

Le mécanicien de la deuxième rue

Par Bérangère

    Sa sacoche à rustines était vide, et ça tombait plutôt bien car elle se souvenait du mécanicien en salopette rose. Rose sale un peu, il était mécanicien quand même...Jeanna lui avait apporté sa bicyclette en même temps que des lettres. Comme il habitait un peu loin et que son garage ressemblait à un hospice pour voitures en difficulté, Jeanna avait gardé plusieurs lettres depuis quinze jours. Il allait être content Bob, il s'appelait Bob, ce n'était ni un véritable prénom, ni un surnom, personne ne savait plus pourquoi Bob s'appelait Bob.
    Jeanna le regardait sourire à ses voitures depuis longtemps, et ça lui plaisait bien. Quand elle est arrivé à pied, les mains sur le guidon de métal, Bob a lâché le livre qu'il était en train de boire comme du petit lait et a dégagé les quelques mèches qui voilaient son regard. ça faisait longtemps qu'il attendait une occasion de lui rendre service, et ça faisait longtemps qu'elle attendait que son vélo la guide ici. Dans un recoin, elle a reconnu la voiture de Nikos, complètement écrabouillée, on aurait dit une dînette d'enfants qui aurait été dévorée par un chien , puis recrachée.
__La voiture de Nikos a l'air vraiment malade...
__Oui, elle est morte...je suis désolé.
__Et le violoncelle, il va bien ?
__Oh oui, il n'était pas dans la voiture quand le camion lui est tombé dessus, il console son Nikos...
__Ah, tant mieux.
    Très rapidement, d'une main de maître, il démonta la roue du vélo, et de trois baisers, il ressouda le caoutchouc. Il était comme ça Bob, il était connu dans tout l'ouest, il aimait le caoutchouc et savait le faire briller et perdurer. Ensuite, il Prit Jeanna par la main et l'emmena sur le monte-charge lui faire visiter sa TR4...

Posté par blairaudes à 11:06 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 avril 2007

Le sacre du printemps

Par Bérangère 

   Elle serait là si belle, sa carcasse cuivrée luisant sous les premiers rayons.
   Elle serait là si chaude à rêvasser dans la tendresse d'une fin d'hiver.
   Elle serait là si mysterieuse, ses yeux gris caressant l'écume d'une mer verte aujourd'hui.

   Jeanna a troqué sa veste contre une robe qui moule merveilleusement son corps. Ses pieds se laissent aller à la promesse mouvante des sables. La nuit tombe et la mer descend. On dirait presque les larmes d'un enfants. Des vaguelettes roulent sur ses chevilles, les vaguelettes aimeraient être des choses qu'on fait jouir avec des pieds. Les vaguelettes connaissent bien Jeanna, ça fait plusieurs mois qu'elle n'est pas venue. Les vaguelettes savent que dans peu de temps Jeanna sera nue, son sexe gonflé éternuera deux ou trois fois. Les vaguelettes la caresseront comme jamais un homme ne saurait caresser une femme. Les vaguelettes savent des choses de la vie que les hommes ne savent pas, elles connaissent des choses dont les hommes n'ont aucune idée...
    Elle est là si belle et si langoureuse à attendre que la nuit la recouvre en entier, et quand le dernier rayon l'apercevra, il deviendra vert et abandonnera la belle à la fraîche écume.
    C'est son premier bain de mer, le froid l'a pénétrée assez froidement. La mer est à 14 degrés mais Jeanna nage à en perdre le souffle, elle nage longtemps vers le large, longtemps, c'est jusqu'à temps qu'un bateau de pêcheur ou autre, croise sa route.
    Quand ils font l'amour sur le pont, elle décide de l'appeller Carlos, il ne parle pas le français, ni aucune autre langue d'ailleurs, il est muet depuis que la grande faucheuse a embarquée sa femme. Il habite dans le coin, dans un camion, et pêche de temps à autres pour assurer une maigre pitance. Il est fort et agile, son oreille gauche est transpercée par un bel anneau d'argent. Ils se soulèvent l'un et l'autre au gré du roulis et éperonnent leur désir dans un ciel étoilé. Ils dorment un peu sous une vielle couverture qui sent le gasoil.
    Il rame à présent, il ramène Jeanna sur la grève, ils se promettent de se revoir un jour peut-être, au hasard de la vie. C'est qu'il est un peu comme elle Carlos, sauvage et généreux. Avant de la quitter, il lui offre sa vieille paire de rames et son sourire d'homme triste, elle lui répond d'un sourire lointain. Il sait qu'elle n'est déjà plus là et il est heureux pour elle. Elle pense à son homme idéal, un sourire d'homme triste et une belle paire de rames, c'est poétique et porteur d'un chemin de vie extraordinaire, et son homme idéal sera quelqu'un d'extraordinaire, et sa montgolfière d'amour sera la promesse de leurs deux vies...
    Elle a déjà hâte de ramer, tout là-haut dans le ciel...

   

Posté par blairaudes à 18:14 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 avril 2007

Jeanna et Olivier

Par Aude

Jeanna regardait le facteur le plus célèbre de France à la télé, le bel Olivier...

Elle le trouve fondant avec ses joues rondes et son regard grave. C'est qu'il n'a pas l'air drôle tous les jours le Olivier. Il est peut-être un peu austère pense Jeanna. Peut-elle réellement être amoureuse d'un type austère? Jeanna pense qu'avec elle, il arrêterait de penser à toutes ces choses si graves: l'exploitation des travailleurs, le patronat qui s'en met plein les poches, les SDF qui crèvent la dalle. Jeanna elle dirait à Olivier: "Arrête un peu de penser à la pauvreté et à l'injustice. Regarde autour de toi, il y a de belles choses aussi à voir. Profite du soleil qui nous honore de sa présence aujourd'hui, admire la mer qui monte jusqu'à nous, jouis de mon corps que je t'offre. Oublie un instant tous les travers de ce monde et de ses habitants. Reste avec moi encore un peu, allez tu la retrouveras bien assez vite la misère, elle t'attendra va.Des bruits courent comme quoi tu ne serais pas toujours celui que tu veux laisser croire, que parfois tu te mêlerais aux capitalistes de ce monde et que même tu me trahirais avec une blonde de l'édition qui porterait un manteau de fourrure. Je n'y crois guère. Toi mon Olivier tu es comme moi, un rêveur, un idéaliste mais quand toi tu rêves d'un monde idéal moi c'est seulement de l'homme idéal que je rêve...

Posté par blairaudes à 16:52 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 avril 2007

Jeanette ma petite soeur

Par Aude

Jeanna ou Jeannette comme je l'appelle c'est ma petite sœur. Quand je pense à elle, je suis pris d'une tendresse énorme, Jeanna j'ai tellement envie de la protéger, de la chérir. Je l'ai regardé grandir avec fascination. Quand mes parents m'ont annoncé que j'allais avoir une petite sœur, on ne peut pas dire que j'ai éclaté d'enthousiasme. Elle allait prendre ma place. Et puis elle est arrivée et j'ai regardé ce petit bout chiffonné déjà son esclave pour la vie. Je la regardais dormir, téter notre mère, je l'ai vu faire ses premiers pas et le premier mot distinct qu'elle ait prononcé fut mon nom. J'aimais quand elle enfouissait ses cheveux dans mon cou recherchant la tendresse.
Je sais ce qui se dit aujourd'hui sur Jeannette. Certains la trouvent trop "légère". Jeannette est aussi légère que le vent me dis-je alors et avec les hommes elle est légère et grave. Jeanette est à la quête de son bonheur. C'est parfois dur pour elle et chaque fois qu'elle vient de son pas léger, le regard embué par la vie, lourde de ses peines, je lui ouvre mes bras pour qu'elle y retrouve un brin de sérénité. Jeannette est ma p'tite sœur, je l'aime.

Posté par blairaudes à 21:19 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le communiste

Par Bérangère

    Le communiste logeait dans une petut studio avec cuisine. Il avait une vue sur la mer lorsqu'il ouvrait la fenêtre de gauche, et qu'il se penchait très adroitement. Les jours de printemps, d'hiver et d'automne, les rafales s'engouffraient telles des furies par les interstices de cette fenêtre. Il pouvait y distinguer Jeanna lorsqu'elle empruntait la digue en pédalant comme une forcenée, vent contre face. Comme les autres, il n'avait aucune idée de l'heure à laquelle la jolie fille passerait, il la guettait presque tendrement dans la froidure de l'été passé. Jamais il n'aurait osé l'aborder, ni même lui dire merci. De toutes façons, jamais il ne recevait de colis ou de recommandés.
    Jeanna était une ombre ensoleillée qu'il devinait parfois, lorsqu'elle passait à côté de chez lui, elle était un espoir, un rêve éveillé. Un jour, il avait ramassé un bouton de sa veste, ce jour là, il fumait une cigarette, adossé à la digue. Elle était passé devant lui, esquissant un sourire distrait, et au delà du marmonnement du pédalier, il avait entendu le bouton rebondir délicatement sur le bitume. Elle avait filé comme le vent, et lui s'était penché pour ramasser l'intrépide.
    A présent, il reposait sur sa table de nuit. Et le soir, lorsqu'il buvait sa dernière bière, allongé dans son lit, la couverture ramenée sous son menton, il posait le bouton métallique au fond de sa paume  et le contemplait gravement. Ah, il aurait aimé être ce bouton, et venir se lover contre la poitrine de Jeanna. Chaque soir, il se demandait ce que ce petit bouton avait pu voir ou entrevoir dans la vie de sa belle. Elle avait changé de ville très souvent et avait eu beaucoup d'amants. Karl ne l'ignorait pas, il était l'ami de Nikos.
    Lui aussi, il aurait aimé lui offrir un reflet de lui-même ou une rognure d'ongle...

Posté par blairaudes à 09:52 - Chroniques de Jeanna la postière - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 avril 2007

Nino, le restaurateur italien

Par Aude

Nino avait un petit restaurant sur la côte. Ce n'était pas un grand restaurant avec vue sur la plage où les touristes se disputaient les places en terrasse en soirée. C'était plus une petite gargote perdue dans les rues de la vieille ville. Seuls les initiés connaissaient la cuisine de Nino et ils l'appréciaient.

Nino était italien et tout son beau pays était dans sa voix. Il recevait fréquemment de longues lettres envoyées pas sa mère, une vraie mère comme on n'en fait plus qu'en Italie. Nino avait fui l'Italie, ancien mafieux, il en avait eu assez un jour de toute cette pègre et avait décidé une reconversion. Mais pour échapper à la mafia, il faut fuir très très loin et c'est comme ça que Nino était arrivé ici, il y a une bonne vingtaine d'années.

Jeanna s'y arrêtait souvent pour amener les lettres d'Italie. Jeanna était fascinée par la cuisine de Nino. Il lui préparait toujours un petit encas pour après l'amour: un petit risotto aux cèpes, une petite salade jambon de parme-tomates-mozarella di bufflona-basilic, un gros morceau de parmesan accompagné d'un bon verre de vin. Jeanna fermait les yeux et s'évadait sous le soleil puissant de l'Italie, elle s'imaginait pédalant  dans les rues de Rome quand la nuit commence à tomber. Jeanna imaginait la méditerranée, toujours bleue lui expliquait Nino.

Souvent quand Jeanna s'arrêtait chez Nino, il était plus de midi et le service était commencé. Nino travaillait seul dans son restaurant. Elle arrivait silencieusement dans la cuisine et s'asseyait pour l'attendre s'il était en salle. Elle écoutait les éclats de vois qui lui parvenait de la salle. Nino revenait à la cuisine avec ses commandes et ne paraissaient jamais surpris de la trouver là.

Ils faisaient l'amour rapidement sur un coin de table après avoir poussé les tomates et les aubergines. Pendant l'amour Jeanna s'emplissait des fumets qui se dégageaient de sous les couvercles. Une fois fini, Nino repartait servir ses clients, préparant toujours une assiette pour Jeanna. Quand il avait le temps Nino restait auprès de Jeanna et lui racontait l'Italie. Il lui disait qu'ils iraient y vivre un jour, qu'il l'emmènerait. Jeanna ne répondait pas, elle écoutait. Enfin, on ne peut pas dire que Jeanna était une grande oratrice. Elle aimait se laisser bercer par les mots, n'écoutant pas toujours leur sens mais juste leurs sonorités.

De Nino, Jeanna déroberait l'accent chantant et la cuisine du soleil, morceaux d'homme idéal.

Posté par blairaudes à 09:53 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »