30 janvier 2008
Le guetteur (2)
Par Aude
Elle est revenue. Ma douce est revenue.
Je n'y croyais plus. Son absence fut si longue. Je m'étais envoyé plein de recommandés et durant une semaine j'ai du ouvrir à la remplaçante de Jeanna qui ne lui ressemblait en rien. Je manquais pleurer à chaque fois que je voyais cet ersatz insignifiant. Puis elle ne revenait toujours pas. Au bruit de l'enveloppe dans la boite en fer blanc, je savais bien que ce n'était pas Jeanna. Jeanna, elle met le courrier avec tant de délicatesse qu'il tombe comme une note de musique dans la boîte. Bientôt, je ne pris même plus la peine d'aller chercher mon courrier. Je laissais les enveloppes s'amonceler. Je reçois si peu de courrier quand je ne m'en envoie pas. Je ne trainais plus non plus derrière la porte à l'heure du courrier. La remplaçante était d'une ponctualité triste et monotone. Avec Jeanna, l'heure du courrier était toujours une coïncidence, un mystère, un poème...
Je sursautais ce matin quand la sonnette retentit. J'ouvris la porte et elle était là, juste un peu plus pâle comme si elle avait oublié de voir le soleil tous ces mois, mais avec des yeux plus graves et plus ardents... Elle me tendit mon courrier, m'indiquant qu'il n'y avait plus de place dans ma boite aux lettres. Puis, déjà, elle était partie. Je contemplais le sillage de sa bicyclette. Elle reviendrait.
La chasse d’eau à coulisse…
Par Bérangère
Jeanna marchait sur la plage, elle n’avait
pas sa jupe qui volait au vent car elle avait oublié d’en mettre une. Ses pieds
étaient nus et son pantalon lui arrivait au dessus des chevilles. Elle marchait
dans un sable aux reflets d’argent. En regardant la mer, elle se dit qu’elle
aurait aimé y voir danser des truites, mais voilà, il n’y avait pas de truites
dans cette mer là. Il n’y avait que des vagues à l’écume grise ce matin. L’écume
grise avait ramené une drôle de chose sur la plage. Jeanna, curieuse s’approchait
lentement. La plante de ses pieds, robuste, s’enfonçait dans le sable aux
reflets d’argent. Il avait gelé cette nuit et les pieds de Jeanna commençaient
à rougir. Les pieds de Jeanna étaient forts comme un ovale dans un triangle. Elle
se pencha sur la chose qui venait de s’échouer sur la grève. Ses lèvres se
fendirent d’un éclat de sourire. Jamais elle n’aurait pu rêver plus belle
découverte. La chose que la mer avait rejetée n’était autre qu’une chasse d’eau
à coulisse. Ce serait parfait pour la montgolfière à vent d’amour qu’elle
fabriquait en secret dans la clairière.
C’était la première fois que Jeanna emporterait
quelque-chose qu’un homme ne lui avait pas donné. Elle réussirait à la
fabriquer sa Sagrada Famillia, même si pour cela, elle devait aller jusqu’au
bout de l’existence. La chasse d’eau à coulisse dévisagea Jeanna d’un œil bienveillant
et émit un petit jappement de contentement.
Désormais, elle devrait aussi trouver à qui
avait appartenu cette chasse d’eau à coulisse. Quelle embarcation avait pu être
aussi ingrate pour la laisser s’échapper ? Qui était l’homme qui aujourd’hui
devait pleurer toutes les larmes de sperme de son corps ?
Jeanna mettrait un point d’honneur à
retrouver cet homme…
28 janvier 2008
Le retour de Jeanna
Par Aude
Jeanna avait disparu de long mois sans donner de nouvelles. Elle était tombé sous le charme de la maison mystérieuse et de son habitant non moins mystérieux. Elle s'était donnée tous ces long mois sans compter, ne cherchant pas à sortir. Pour la première fois, un homme semblait assouvir le corps de Jeanna si insatiable d'ordinaire. Elle avait vécu ces longs mois comme un rêve. Ça lui rappelait des fantasmes de harem, où elle aurait été la princesse d'un sultan à l'appétit sexuel démesuré. Elle était comme ça Jeanna, avec des rêves roses plein la tête. Là, elle était l'unique princesse. L'amant ne lui parlait guère, s'intéressant juste à son corps. Elle découvrait avec un plaisir différent et inconnu chaque jour, chaque jour, elle découvrait un nouveau livre aussi. Voilà, Jeanna avait passé ses mois, nourrie de sexe et de lecture. Elle n'avait jamais pensé que son corps pourrait jouir de tant de façons différentes, elle n'avait jamais pensé non plus qu'elle pourrait lire autant.
Elle avait tout oublié ces longs mois, ses amants, même son Olivier elle l'avait oublié. Il avait perdu les élections mais elle n'en savait rien.
Puis un jour, cela suffit. L'amant lui offrit un orgasme qui lui parut le même qu'un autre plus ancien, alors elle sut qu'elle pouvait prendre son vélo et sa sacoche et riche de cette nouvelle expérience elle reprit sa tournée là où elle avait arrêté.
