05 avril 2007
Le communiste
Par Bérangère
Le communiste logeait dans une petut studio avec cuisine. Il avait une vue sur la mer lorsqu'il ouvrait la fenêtre de gauche, et qu'il se penchait très adroitement. Les jours de printemps, d'hiver et d'automne, les rafales s'engouffraient telles des furies par les interstices de cette fenêtre. Il pouvait y distinguer Jeanna lorsqu'elle empruntait la digue en pédalant comme une forcenée, vent contre face. Comme les autres, il n'avait aucune idée de l'heure à laquelle la jolie fille passerait, il la guettait presque tendrement dans la froidure de l'été passé. Jamais il n'aurait osé l'aborder, ni même lui dire merci. De toutes façons, jamais il ne recevait de colis ou de recommandés.
Jeanna était une ombre ensoleillée qu'il devinait parfois, lorsqu'elle passait à côté de chez lui, elle était un espoir, un rêve éveillé. Un jour, il avait ramassé un bouton de sa veste, ce jour là, il fumait une cigarette, adossé à la digue. Elle était passé devant lui, esquissant un sourire distrait, et au delà du marmonnement du pédalier, il avait entendu le bouton rebondir délicatement sur le bitume. Elle avait filé comme le vent, et lui s'était penché pour ramasser l'intrépide.
A présent, il reposait sur sa table de nuit. Et le soir, lorsqu'il buvait sa dernière bière, allongé dans son lit, la couverture ramenée sous son menton, il posait le bouton métallique au fond de sa paume et le contemplait gravement. Ah, il aurait aimé être ce bouton, et venir se lover contre la poitrine de Jeanna. Chaque soir, il se demandait ce que ce petit bouton avait pu voir ou entrevoir dans la vie de sa belle. Elle avait changé de ville très souvent et avait eu beaucoup d'amants. Karl ne l'ignorait pas, il était l'ami de Nikos.
Lui aussi, il aurait aimé lui offrir un reflet de lui-même ou une rognure d'ongle...
31 mars 2007
Les services de Jeanna
Par Aude
Jeanna ne se contentait pas d'offrir son corps, elle offrait son temps et ses sourires à ceux qui le nécessitaient. Elle ramenait le pain à la vieille femme malade, le journal au grand-père impotent. Elle remplissait les papiers de ceux qui ne savaient pas. Pour recevoir le courrier avec Jeanna, pas besoin de boîte. Elle ramenait ses lettres au clochard réfugié sous le pont des étoiles. Normal, les lettres étaient adressées à Jojo, au pied du pilier gauche du pont des étoiles à L.
Jeanna pédalait les cheveux aux vents, le cœur dans ses rêves et son corps déjà chez son prochain amant. Parfois elle oubliait sa sacoche chez un amant. Quelle importance au fond, le courrier finissait toujours par arriver... avec un peu de retard. Mais elle donnait tant Jeanna et elle prenait si peu, juste quelques miettes de bonheur ou de plaisir, quelques miettes pour bâtir son idéal.
Personne ne savait où vivait Jeanna, personne ne la connaissait vraiment. Avait-elle une famille, des parents, des enfants, un mari? N'avait-elle pas juste un chat qui l'attendait patiemment? Chacun s'interrogeait. Jeanna, c'était un mystère. Elle était insaisissable comme l'air ou le vent qui soufflait fort en ce bord de mer.
Je n'ai jamais connu quelqu'un qui ne l'aimait point. Mais sans doute y'en a-t-il...
30 mars 2007
Le guetteur
Par Aude
Je guette le bruit furtif de l'enveloppe qui tombe dans la boite à lettre de fer blanc, un petit bruit sourd et frotté. Quand je l'entends je regarde l'heure, jamais la même.
Ah c'est qu'elle est imprévisible Jeanna notre factrice. Jamais je ne peux prévoir à quelle heure elle passera. Tout dépend de ses amants. J'aimerais en être de ses amants moi, mais Jeanna, jamais elle ne me regarde. Pourtant chaque jour je m'envoie des lettres, je fais des kilomètres pour me les poster et pour ne pas qu'elle devine. Je modifie mon écriture, un jour un petit air penché à l'adresse, l'autre jour un peu de couleur. Parfois je mets Monsieur sur l'enveloppe, d'autre fois Monsieur Roger, parfois juste Roger avec toujours mon nom de famille cela va de soi. Parfois, je m'autorise le recommandé pour qu'elle frappe à la porte et pour la contempler un instant. Je feins la surprise en regardant la missive, je la tourne et retourne dans tous les sens, prenant tout mon temps pour signer l'accusé. Ma main frôle la sienne quand je lui tends le paraphe. Je me repais de son odeur rien qu'à elle,un peu de son parfum, un peu de sueur, c'est qu'elle fait sa tournée en vélo Jeanna et qu'elle se donne beaucoup. Je contemple sa bouche qui me remercie et qui me salue et je crois qu'elle va me donner un baiser. Mais elle s'en va, elle continue son chemin et m'oublie une boîte plus loin. Je contemple une dernière fois ses jolies jambes nues qui dansent sur les pédales et je rêve d'être son amant, celui qu'elle aimerait.
Le reflet...
Par Bérangère
Hier Jeanna est arrivé chez un ancien amant. C'était quelqu'un qui lisait beaucoup, un féru de Richard Brautigan. Il possédait ce petit côté poète et décalé, et il était quelque-peu surréaliste. Un peu fou aussi, sans aucun doute...il vivait hors du temps et cherchait invariablement les caves de St Germain des prés lorsqu'il allait à Paris à bicyclette. Dans le village, les enfants étaient ses amis, et Jeanna aussi. Elle avait une manière de lui allumer sa cigarette après l'amour qui était très belle, et pourtant Jeanna ne fumait pas. Il recevait beaucoup de courrier, des tas de lettre arrivaient de la France, et parfois de l'étranger, l'étranger pouvait être anglais, chinois ou africain, ça lui était égal.
Manuel, il s'appelait Manuel, écrivait de la poésie qu'il arrivait à faire publier dans des magazines, en retour, les gens l'aimaient beaucoup et lui envoyaient des tas de choses via la poste. L'objet qu'il avait le plus reçu, celui qu'il possédait en tant d'exemplaire qu'il aurait pu monter une boutique de vente de taille-crayon, était justement un taille-crayon. Manuel avait rejeté la technologie pour faire perdurer ses cahiers blancs et ses crayons à papier. Manuel aimait toutes sortes de choses incroyables, ainsi, il adorait recevoir ses lettres de ses admirateurs, il hésitait souvent à les dénommer de la sorte, il trouvait ça un brun pompeux.
Jeanna avait été spécialement préposée à la livraison de ses colis, qui de temps à autres, emplissait entièrement sa voiture jaune. C'est ainsi qu'avait commencé leur histoire. Jeanna s'était très vite octroyée le droit de passer plus de temps chez le poète que chez les autres clients. Il y avait tant de lettres que ça lui paraissait normal de rester plus longtemps en sa compagnie. Leur histoire avait été belle et romantique mais Jeanna s'était fait remonter les bretelles de son soutien-gorge assez vertement par le directeur, elle en gardait depuis lors une marque violacée qui ne partirait que lorsqu'elle aurait quitté l'entreprise pour laquelle elle officiait.
Aujourd'hui, il leur arrivait encore de convoler mais la romance était terminée. Jeanna était venue hier soir chez Manuel pour bâtir la première impulsion de son homme idéal. Ainsi, Manuel lui avait permis d'emmener un reflet de lui-même qu'il avait laissé traîner à côté de la cafetière. Il avait pour cela, décollé un carreau de faïence verte qu'il avait tendrement offert à Jeanna. Elle avait été si touchée qu'elle était restée quelques instants pour faire l'amour avec lui. Jeanna avait continué sa tournée en serrant son morceau de faïence verte serré contre elle, elle emmenait le reflet de Manuel dans sa maison, et ça la réjouissait. ça lui donnait un bonheur inestimable.
C'était la sa première pierre d'homme idéal...
29 mars 2007
L'homme idéal de Jeanna
Par Aude
Jeanna rêve de l'homme idéal, pas du bel Olivier, non d'un autre... Celui qui la fait rêver s'appelle Joseph-Ferdinand et il était facteur comme elle. Elle ne l'a jamais rencontré, il est mort en 1924 après une vie à construire son rêve. Pendant 33 ans, il ramassa des pierres trouvés le long de sa tournée et construisit le palais idéal. Jeanna rêve parfois qu'elle vit au temps du Facteur Cheval et qu'il lui offre son palais.
Jeanna ne ramasse pas de pierres le long de sa tournée. Elle ramasse des miettes d'hommes rencontrés pour bâtir son homme idéal à elle. Et si il lui faut 33 ans pour y parvenir et bien elle saura prendre le temps.
Jeanna, les hommes elle les teste, les admire, les caresse, les aime un peu parfois. Elle reçoit le plaisir de ces hommes de passage comme une offrande. Elle ne les méprise pas, elle n'est pas infidèle, elle ne sait pas choisir c'est tout.
Elle quitte le lit d'un homme pour un autre distribuant le courrier entre temps et rêvant beaucoup de Joseph-Ferdinand et d'Olivier.
Jeanna, la petite postière
Par Bérangère
La factrice était d'une beauté assez recherchée dans la vieille ville, elle ressemblait à une ex de Ronan, vous savez ce grand garçon un peu niais qui plait beaucoup aux femmes (encore maintenant, sa séduction n'est plus à revendre, même Chloé en avait essuyé les plâtres...) Jeanna, elle s'appellait Jeanna, et elle faisait tomber les hommes partout où elle passait, elle avait été mutée un nombre si incalculable de fois que sa boussole elle-même n'indiquait plus le nord ! Jeanna...d'aucuns l'avaient surnommée Juanita, petite Jeanne, ou encore Jeannette...
Jeanna aimait les hommes, terriblement... Et elle n'y pouvait rien, c'était dans sa nature, elle les aimait, elle les cajolait, et les pourfendait parfois d'un plaisir si rare que bien souvent ils y laissaient des plumes. Elle n'y pouvait rien, elle était comme ça. Elle aimait s'étendre, s'épandre, se répandre, dans la luxure ou dans le foutre, elle était souvent nue sous son uniforme très stricte de postière...toute nue...sauf quand le thermomètre descendait en dessous de 3 degrés Celsius, et comme elle créchait sur la côte, c'était plutôt rare !
Jeanna aimait manger du comté, c'était l'un de ses fromages préférés...et son rêve secret avait pour nom Olivier. Ce prénom résonnait à ses oreilles comme un angélus joyeux...Jeanna voulait être amoureuse, être amoureuse comme ça n'existe plus que dans les films, ou dans les livres d'Anna Gavalda ou de Barbara Cartland, mais en attendant, le temps s'effilochait sous les enveloppes blanches qu'elle distribuait, et elle ne le perdait pas le pied. Elle attendait Olivier, facteur-sachem de Neuilly, en grand secret...
